Avis de grand frais, faut rentrer
Une jeunesse confisquée . Des rêves brisés. Des familles endeuillées. Une dernière pelletée de terre que le père, les yeux rougis par les larmes , offrira à sa chair . Dure épreuve épargnée à la mère. Un père presque gêné de se trouver là à enterrer son enfant . Privilège que n’aura pas son voisin. Pas de corps à enterrer . Pas de deuil. Les deux petits avaient le même âge et nourrissaient le même rêve : ne pas décevoir leurs parents. Réussir ou mourir .
« ICI S’ARRÊTE LA VIE » pouvait-on lire sur un mur de ce village de Tiaret. Tel un testament laissé par les huit jeunes victimes, enfants de ce maudit village.
Ils se sentaient pas chez eux. Et trop fiers pour finir en larves. Fallait qu’ils partent ailleurs. A la recherche d’une terre d’accueil. Celle qui les a vu naître les renie . La terre d’Algérie. Une terre très généreuse avec les uns. Toujours les mêmes . Une terre très inhospitalière avec les autres. Toujours les mêmes.
Les milliers de familles touchées par ce drame souffrent en silence. Dans la dignité. Sans haine ni rancœur. Makadir ellah.
Si au moins les 3ouhdistes avaient un minimum de respect pour ces familles déchirées par la douleur. On les savait loin des préoccupations de l’Algérie des fins de mois difficiles. Méprisants.
Et les voilà maintenant culpabilisants. Du haut de son minbar , l’imam, ce fonctionnaire de l’état relayera la fetwa édictée par son ministère : ‘la mort du jeune Harraga est un suicide. Un péché .’
Pas de pot pour ce ministre de la solidarité . Le hasard du calendrier voulait qu’il soit là le jour de l’enterrement de deux jeunes harragas. Désolé M. le ministre, vos sbirs sur place ne peuvent pas tout prévoir pour vous éviter ce contre-temps. Dèjà qu'ils ont du boulot à enfermer tous les fous et les mendiants le jour de votre visite . " Nous allons tout faire pour empêcher nos enfants d’aller offrir leur corps aux poissons " dira-t-il comme pour calmer des jeunes en colère . Un paternalisme indécent. Nos enfants ! Et de promettre dans la foulée aux familles des victimes « des mesures pour tenir le coup ». Tenir le coup .
Sous des cieux plus cléments, dans les démocraties dignes de ce nom , les familles des victimes d’un drame d’une telle ampleur ont droit à des condoléances et des messages de soutien des plus hautes autorités de l’état. Ce qu’apparemment coûte à nos 3ouhdistes.
Les jeunes harragas le savent , pour leurs embarcations de fortune l’avis de grand frais reste en vigueur même au printemps. Mais ils ne rentrent pas au port.
