Mohamed est mon neveu. Question études, ça roule pour lui. Inchallah, dans un an il est ingénieur télécoms. Sa mère, ma sœur, en est fière. Allah yessoutrek mel aïn ya weldi , allah ynejhek dira-t-elle à chacune de ses prières. La liste de ses doléances à Dieu s’allongeant avec l’âge de ses enfants, ma soeur passe plus de temps dans sa prière. Le sujet récurrent est la mauvaise fréquentation. Les animateurs de quartier comme elle dit. Ça va de l’imam DRH kamikaze jusqu’au pote, retraité de l’école fondamentale et recyclé dans les stups.
Mohamed n’as rien laissé de toi me dit ma soeur à chaque fois que je lui rends visite. Après son diplôme il voudrait poursuivre ses études à l’étranger . Ou bien s’engager dans l’armée. Les étoiles le fascinent. C’est pour lui synonyme de pouvoir et d’argent ! Rani baghi nessbagh’ha qu’il me dit. Son père lui, ne veut pas en entendre parler. Aux dernières nouvelles c’est la thèse de la hedda qui l’emporte chez Mohamed . Dans son dernier mèl, il m’écrit : Khali, rani baghi naâtiha !
Ce qui chagrine ma sœur c’est que son fils ne veut même pas entendre parler d’une bent âmmah pour le mariage. Il lui répond « une gaouria sinon rien » .
Et ma sœur de continuer : tu sais khouya, moi j’aurai aimé l’avoir près de moi pour voir grandir ses enfants et tout. Mais je me dis après tout, l’essentiel qu’il soit heureux là où il sera et moi lia rabbi. Et puis je m’inquiète pas pour lui sachant que toi t’es là bas. Bien sûr ma sœur que tu peux compter sur moi. "Toi t'es la bàs" ça sous entend une prise en charge totale. ça sert à ça la famille je me dis.
Mohamed est le produit de plusieurs réformes. Et de leurs échecs successifs. A plus de 50 élèves par classe, c’était pas triste. Il me racontait de ces histoires ! Ça va de la mouâllima qui se fait gifler en plein cours jusqu’à ce mouâllim qui perd connaissance suite à un coup de boule. Par peur de représailles plus que par solidarité, aucun tilmid ne témoignera. Les fouteurs de merde sont généralement des camés. Ils deviennent violents lorsqu’ils sont en manque. Racket, copiage Sinon le reste du temps ils sont tout sourire . Des élèves exemplaires.
Pour remplacer la mouâllima traumatisée par la claque , on a du faire appel à pas moins de 3 ou 4 contractuels. Ils déclarèrent tous forfait.
La bande de petits malins shootés n’avait pas trouvé mieux à faire que de réserver au pauvre contractuel une ambiance digne du stade de France un jour de finale France /Brésil. Le contractuel débarque dans la salle , les élèves se lèvent rangée après rangée tout en scandant le Holà. Ça durait et ça durait et ça durait. Evidemment le contractuel jette l’éponge dés la prise de contact. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, il est carrément viré de l’éducation nationale parce qu’il a osé manifester pour son pouvoir d’achat.
Mohamed, les garages et les caves d’immeubles il connaît pour y avoir passé tout le temps qu’il n’est pas au lycée. Ses profs y donnent des cours privés. Bien obligés. Comme tous les autres fonctionnaires de l’état, ils connaissent des fins de mois difficiles dés le début du mois. Ça coûte cher à ses parents mais le bac est à ce prix là. Bientôt les cours privés seront aussi surchargés qu’à la thanaouia. Les profs mettent en avant le taux de réussite élevé chez les cavistes et la garantie que les cours continuent même pendant les grèves.
« 5ans d’études supérieures et l’3ilm lillah » . Constat à la fois honnête et effrayant de la part de nos jeunes diplômés. « L’université algérienne n’existe plus, il n’ y a que des murs » dira ce professeur à l’université d’Alger.
C’est la génération pas de chance. Sacrifiée sur l’autel de l’idéologie et de l’idiotie. A la croisée d’une arabisation désuète ,d’un nationalisme abêti et d’une islamisation pourvoyeuse de bombes humaines.
L’autisme des responsables ne présage rien de bon pour l’avenir de l’école . On persiste et signe dans la bêtise. Comme lors de cette commission nationale de la réforme des programmes, la CNP, pourtant créée par le gouvernement.
A la question d’un cadre de la CNP : Pourquoi attendre cinq longues années pour faire une autocritique qui doit se faire dans un année ou deux par un organisme de l’extérieur ? Le ministre dira : les réformes engagées ne donneront de fruits que dans dix ans au moins et nous ne sommes qu’au début du chemin. . C’est ahurissant. C’est du délire .
Dans la même semaine, le président de la république demandera à la commissaire de l’UE , de voir ce qu’elle peut faire pour notre système scolaire. N’est-ce pas là un aveu d’échec à toutes ces réformes de l’éducation nationale ? Devant un tel désaveu , un ministre ça doit normalement démissionner. En désaccord avec la première guerre du golf, le ministre français de la défense d’alors dira : un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne. Et il démissionna.
