Le bus ne s’arrête plus aux arrêts réglementaires de peur de voir encore monter d’autres voyageurs. Tant mieux, les cages thoraciques sont comprimées on ne peut plus. Et si jamais tu demandes l’arrêt c’est plusieurs centaines de mètres plus loin que le bus t’éjecte. Là tu respires un bon coup, tu rentres ta chemise, tu vérifies si ton porte-monnaie est toujours là. Tu jettes un coup d’œil autour de toi, histoire de te situer dans l’espace. Dans le bus tu ne pouvais pas regarder à travers les vitres et tu manquais d’air, un gros bras te bandait les yeux et en plus t’avais la tête qui tournait car t’avais le nez plaqué contre des aisselles poilues qui sentaient mauvais . Là t’as touché du doigt, ou plutôt du nez, les conséquences de la pénurie d‘eau qui frappe la ville. Alors évidemment tu n’avais plus le sens de l’orientation.
Il faudrait remonter deux arrêts plus haut, grimper des dizaines de marches, demander plusieurs fois ton chemin à des passants qui ne semblent pas connaître plus que toi l‘endroit que tu recherches et lorsque tu arrives comme même par retrouver, le planton te ferme le portail au nez car c‘est déjà midi.