Un soir d’hiver. La nuit est vite tombée. Les rues sont presque désertes. Des silhouettes pressent le pas. Pardessus et chapeau pour se protéger de la rigueur du froid.
Les phares d’un taxi déchirent le rideau de cette pluie battante. C’est une traction avant de couleur noire avec à l’intérieur un jeune couple. La voiture stoppa net devant le Majestic . Le compteur affiche 3 francs 50 . Le jeune homme , un duvet en guise de moustache , glissa un billet de 5francs au taxi. Gardez la monnaie, frima-il devant sa gonzesse.
A l’entrée du cabaret un monsieur impeccablement vêtu exhibant fièrement un nœud papillon accueille les clients. Bonsoir Méssieudame. Le Majestic s’ouvre devant le couple. Une lumière tamisée filtre à travers un épais écran de fumée . Des couples dansent sur un air de tango.
De jeunes permissionnaires agglutinés devant le comptoir , des bouteilles de bière à la main chahutent. Ils ne sont certainement pas à leur première tournée.
Zoubida se laisse chouchouter par son chéri qui la débarrassa de son trench coat . Lauren Bacall dans un film colorisé. Elle est très belle dans sa robe plissée à fleurs rouge vif. Rouge vif comme son rouge à lèvres . Une large ceinture blanche lui serre la taille et un joli serre-tête entoure un longue chevelure frisée. Un parfum Ploum-ploum la rend encore plus désirable.
Un garçon les conduit à leur table. Soda pour madame. L’ambiance est électrique. Zoubida se laisse entraîner par son amoureux sur la piste de danse. Un tango argentin.
Quand soudain. Toc ! Toc ! Toc ! Zoubida est brutalement arrachée à son rêve par une pluie de coups sur sa porte . Le bruit de ses talons sur le carrelage ameuta tout le bâtiment. Zoubida est somnambule.
Le miroir la replonge dans le présent. Une peau fripée , un double menton, des cheveux blancs clairsemés , des bourrelets. Et il n’y a plus ses mains de tout à l’heure, qui l’enlaçaient par la taille et la faisaient tournoyer au rythme du tango. Zoubida est très triste.
Petit Bouâalem ému , tend un mouchoir à Zoubida qui essuya ses grosses larmes. Kabouya vient se frotter aux jambes de sa maîtresse comme pour la consoler .
Zoubida maudit ses voisins de l’avoir sorti de son doux rêve. Elle était très heureuse de revivre ses bribes de jeunesse.
Depuis sa folle nuit Zoubida passe pour une fada . Pour coucher des enfants rebelles , les parents brandissent la menace de faire appel à Ghoula Zoubida. L’effet est garanti .
