I.Le lampadaire
De petits gars qui traversent la route tout en exprimant leur reconnaissance de m’être arrêté à leur hauteur c’est plutôt bien élevé de leur part. Cela me gêna même, tellement ça me paraissait normal qu’un automobiliste puisse faciliter le passage à un piéton . Jusque là rien d’exceptionnel sauf que leur cargaison l’est. Figures-toi que les petits gars transportaient un lampadaire long de plusieurs mètres. Il y avait là une belle photo à prendre. Le poteau a été vraisemblablement déterré la veille par un automobiliste ayant un peu forcé sur la bouteille. Le spectacle insolite n’intéressa nullement les deux motards du darak planqués juste là et plutôt occupés à scruter leur radar.
Il y a des chances que le lampadaire soit déjà dans un container en partance pour l’Europe.
II.De la tête d’âne au dos d’âne
Tu te dis un périphérique vient normalement soulager la circulation automobile intérieure d’une ville et comme son nom l’indique il doit se trouver à la périphérie de cette dernière. Mais à voir les tracés de nos périphériques tu doutes si nos dirigeants et leurs bureaux d’études savent ce que signifie le mot « périphérie ». Même un tilmid de l’école fondamentale saura te dessiner d’un coup de crayon un cercle autour d’une carte.
Nos « périfs » passent en plein milieu de nos cités et leurs milliers de logements. Evidemment cela fait beaucoup de piétons sur le périf . Devant le nombre élevé d’accidents, les autorités implantent une passerelle qui reliera les cités des « 3000 » et « 4OOO » logements. C’était évident pour tout le monde ,sauf pour les décideurs, que la passerelle située à plusieurs centaines de mètres plus loin du passage « naturel » emprunté par les piétons n’allait pas résoudre le problème de la route assassine.
Qu’à cela ne tienne ! le périf est semé de ralentisseurs faisant ainsi d’une voie normalement « rapide » une voie où l’on roule « au pas ».
C’est ahurissant de savoir que nous sommes dirigés par des gens incapables de se projeter dans le temps et de nous dessiner des périphériques qui tiennent compte de l’extension de nos villes.
III. Constat au coup de boule
Un concert de klaxons, un boulevard noir de ghâchis et le tout sous un soleil de plomb.
A ma hauteur , une bonne dame excédée par la chaleur et le bruit est dans tous ses états : «On va jamais y arriver au mariage de ma soeur, je t’avais dit de ne pas prendre par là !... Endettés pour endettés t’aurais pu au moins nous acheter un Pajéro climatisé au lieu de cette boîte de sardine,mais comme tu fais toujours rayek … » . Et de temps en temps tu la vois se retourner pour pester contre les trois marmots qui ont le tort de réclamer un minimum de droit à savoir boire et descendre de cette fournaise. Le conducteur à côté d’elle, apparemment le mari, reste zen et t’as presque envie de lui demander s’il est chez les bouddhistes ou s’il prend des tranquillisants. Mais ne rajoutons pas de l’huile sur le feu.
A l’heure du GPS et du téléphone portable c’est plutôt le téléphone arabe qui nous informe de la situation de la circulation en amont. Devant, ça bastonne et ce sont deux automobilistes qui dressent un « constat à l’amiable » à leur manière. Un chien errant aurait provoqué l’accrochage entre leur véhicule.
IV. Le cimetière
Les vacances c’est aussi l’occasion d’aller fleurir les tombes des siens. Première constatation, on a du pousser les murs du cimetière pour faire de la place. C’est fou c’est qu’il peut y avoir comme morts en un an . D’un autre côté, sans être cynique, tu te dis la nature fait comme même bien les choses . T’imagines les listes de demandeurs d’emploi et de logements si un tel mécanisme de régulation naturel de la population n’existait pas ? Déjà que les délais d’attente pour les demandeurs vivants se comptent en décennies. Cela dit j’irai pas jusqu’à dire qu’il faille tuer 5 millions d’algériens pour faire l’économie de 5 millions de logements promis par Boutef.
Normalement je ne devrais pas plaisanter sur un sujet aussi douloureux qu’est la perte d’un être mais je sais que cela aurait fait beaucoup rire ceux qui m’ont quittés. Et d’ailleurs lorsque je me recueille devant leur tombe c’est plutôt les moments de joie et de la déconne partagés qui rejaillissent. Et c’est comme ça que je finis par écraser une larme.
Il y a quelques difficultés à repérer toutes les tombes des miens, l’usure du temps et le vandalisme ont fini par les faire disparaître. Des « illuminés » s’étaient sentis missionner pour détruire les tombes porteuses de photo du défunt.
La tombe d’un oncle est facilement repérable car entourée de tombes de petits enfants. Dans la famille on raconte que mon oncle, agonisant, disait voir des petits enfants autour de lui.
De son vivant la grand-mère avait simulé l’existence d’une tombe à côté de celle du grand-père en mettant un tas de terre. Peu de temps après c’est devenue sa propre tombe. Belle histoire d’amour que celle de mes grands-parents que même la mort ne réussit pas à séparer et ce après soixante ans de vie commune. Je repars avec plein de photos de ce cimetière qui abrite en son sein de nombreuses pièces du puzzle familial.
V. Idées vacances
Ah ! L’été ! Les vacances, la mer et ….l’hosto aussi. Tu vas me dire passer des vacances à l’hosto pourquoi pas après tout ? Sacré toi, rien ne t’étonne de nos jours.
La mer, la montagne ça commence à faire ringard et les agences de voyages l’ont compris. Leurs catalogues suggèrent des idées vacances allant des plus saugrenues aux plus farfelues.
T’as envie de manger autrement mais t’as pas d’idée ? Pas de problème, le catalogue te suggère la « semaine tout compris chez Macdo » pour apprendre à cuisiner. Le giga hamburger cheese-frites-milkshake-coca tout dégoulinant de sauce n’aura plus de secret pour toi.
T’es au bord de la déprime, tu t’es fait virer de ton boulot et ta femme s’est barrée avec ton meilleur pote. Pas de problème, le catalogue a quelque chose pour toi. Un séjour en pension complète dans un monastère. Au programme « abstinence et prière ».
Pour les alcoolos anonymes, une semaine d’oenologie dans une cave à vins . C’est bien pensé, tu n’éprouveras même plus le besoin de boire du vin à table.
Les amateurs de sensations fortes trouveront leur bonheur dans le saut à l’élastique par-dessus une rivière asséchée. Ils auront de belles remontées d’adrénaline lorsqu’ils apprendront, une fois dans le vide, que l’élastique made in Taïwan risque de casser à tout moment et que d’autre part leur assurance-vie ne prend pas en charge cette activité. C’est comme pour les attentats terroristes d’ailleurs mais là t’as pas l’air d’être d’accord. Moi je te dis c’est normal .Pour pouvoir toucher les thunes ta famille doit montrer à l’expert de l’assurance le cadavre et non le tas de chair fumante, c’est dans le règlement.
Dans ce même registre de sensations fortes, il y a Fort Boyard. Tu iras soulever des reptiles pas très coopératifs et autres mygales pour retrouver une clé que tu devras remettre au nain.
Dans le catalogue on n’oublie pas les enfants non plus. La pub est alléchante : « Si ton gosse ne croit plus au BEM, alors la mosquée d’Apreval à Kouba c’est pour lui ». Je t’en reparlerai de ce mignon séjour un autre jour Inchallah.
VI. La mosquée et le collégien
La mosquée « El wafa bil âhd » , c’est du sérieux ! Elle affiche 75% de réussite , chiffres à l’appui . Trois des quatre kamés passés à l’action entre le 11/4/07 et le 8/9/07 ont faits leurs armes chez Wafa.
Derrière ce succès se cache un homme, plutôt diable qu’homme, j’ai cité Imam Amine. Ce fonctionnaire de l'état mérite une belle augmentation de salaire et pourquoi pas la légion d’honneur !
Le stage se déroule en deux phases . Dans un premier temps, l’imam s’occupe personnellement de ton rejeton pour un lavage intensif de cerveau. Remarque, là tu vas me dire qu'il y a pas grand-chose à laver du moment que l’école fondamentale, même réformée, n’a pratiquement rien mis dans la cervelle des petits. C’est du W !
Prêches et halaqates le matin , visionnage de DVD l’aprèm et prière le reste du temps.
Ici ,comme tu le constates, le rythme de l’apprenant est bien respecté. L’imam peut ainsi bourrer un max les têtes pendant qu’elles sont réceptives. C’est comme pour les maths, c’est mieux de les enseigner le matin .
Faut que tu saches, toi parent, que les halaqates (débats) ça sollicite beaucoup les neurones et le stagiaire se pose trop de questions sur l’humanité. C’est pas toujours facile pour l’Imam de convaincre le futur kamé sur l’utilité de son geste. Un repenti bénéficiaire du wiam , ancien disciple de Amine et recyclé depuis dans le trafic de coke chez les nigériens, raconte avoir été le témoin d’un passage à tabac au gourdin d’un stagiaire . Le crime de ce dernier était de poser une question du genre « Je ne comprends pas pourquoi il serait de mon devoir d’aller cramer des chiites en plein pèlerinage à Bassorah et encore moins des sunnites comme moi à Dellys ? ».
Faut faire confiance au professionnalisme de l’Imam , il arrivera toujours à ses fins.
Le programme de l’après-midi , le visionnage de DVD donc, est un peu hard. Âmes sensibles s’abstenir. Ce sont des DVD importés directement de Baghdad. Ça commence comme ça. T’as le kamé dans son treillis militaire , droit dans ses baskets Nike et le klach en bandouillère , qui se présente sous un nom d’emprunt du genre Abou machin le borgne et qui jure sur le Coran de se faire exploser dans le marché aux volailles. Tu te dis c’est pas bête du tout l’idée de buter la volaille en plus des humains. Ça fera que plus de chiffre. Applaudissements dans la salle de projection.
VII. Abou Moussâb zarqaoui l’algérois
Pour ne pas trop te gaver de détails, surtout que ta patience est limitée en ce mois de ramadhan suite aux carences de sommeil,de nicotine et de caféïne, je te résume fissâa la suite du film .C’est Aljazeera, chaîne de Ben Laden et de son lieutenant Zawahiri, qui sponsorise le film depuis sa production jusqu’à sa distribution exclusive .
Belle mise en scène faut reconnaître. T’as plein écran Qaradaoui en direct avec des téléspectateurs en questionnement à propos des choses de la vie dans l’islam. Par exemple , t’as une question sur le nikah , la haya fiddine, posée par une téléspectatrice qui se plaint de l'absence d’orgasme . Ou bien cet autre téléspectateur qui n’arrive pas à bander, la haya fiddine. Dans le premier cas le cheikh propose à la charmante dame un tête à tête hors caméra et bihaoulillah il promet la guérison. Quant au vieux monsieur il lui conseille le viagra. Non , c’est intéressant. Je l’avoue.
Le journaliste vedette enchaîne les questions à la hussarde parceque le temps de l’émission tire à sa fin.
T’as envie d’entendre la suite quand soudain tu vois apparaître en rouge en bas de l’écran « âjil » c’est à dire « urgent » et l’inscription suivante qui défile : une puissante déflagration vient de se produire au marché de volailles de Falloujah. De source médicale il y aurait 201 morts et plusieurs centaines de blessés dont certains très graves. De nombreuses poules et autres pigeons font partie des victimes.
T’as beau être bête, mais là tu dis stop , on ne te prendra plus pour un canard sauvage. T’es en droit de te poser des questions sur les vrais commanditaires de tout ce bazard.
Ben Laden , Zawahiri, Zarqaoui, et autres franchisés alqaïda maghreb ne seraient-ils pas juste une invention de la CIA et du Mossad ? Sinon qu’on m’explique comment les deux superpuissances israélo-américaine sont-elles incapables de venir à bout d’hommes malades et vieillissants habitants des grottes, à supposer qu’ils existent réellement, et dont les têtes valent plusieurs milliards de dollards ? Pour beaucoup moins que ça on a vendu Saddam.
Seule certitude , le petit Nabil dit « Abou Moussâab zarqaoui l’algérois » était bien un gars de chez nous.
VIII. Amine ou Malcolm X
Les images se passent de commentaire. Un décor de fin du monde.
Dans la salle beaucoup de jeunes stagiaires font un malaise . Stress ,nausée, vomissements et t’entends même des pleurs chez les plus jeunes. Le film aurait du être interdit aux moins de 18 ans. « Massacre à la tronçonneuse » est une berceuse à côté.
Devant cette extrême sensibilité du jeune public , l’imam se devait de réagir . Il se saisit de la télécommande et appuie sur pause .
Pas de bol, l’image figée montre un corps se consumant à vif sous l’action du métal en fusion ce qui accentua la panique dans la salle . Certains stagiaires ont essayé de se barrer mais en vain. Le cheikh avait condamné toutes les issues de sortie.
Amine pousse une gueulante. Se met dans une colère noire. Le jeune public est comme tétanisé.
Cette technique de gérer l’émotion des auditeurs, l’imam l’a emprunté à des révérends noirs prêchant dans les quartiers malfamés de Harlem :" le révérend gueule, le révérend mouille la chemise, le révérend rentre en transe . Les milliers de fidèles venus l’écouter claquent des mains et chantent en chœur des « Alléluia » à faire envoler le chapiteau qui les abrite. Le public est chauffé à blanc, le public est acquis à la cause".
L’imam tout comme son donneur d’ordre Zawahiri, est aussi fan de Malcolm X. Il fait sienne la devise du chef des blacks muslims : le mouvement ( noir) n’est plus les droits civiques mais la (le) chariâ ( black power).
L’imam annonce dans la foulée et en prime time une bonne nouvelle qui devrait réjouir tous les jeunes et en particulier les harragas : « Zawahiri nous promet la reconquête de l’Espagne ! » . Et t'entends : Hourrrah! Hourrrah! dans la salle.
Ah, ça ! Pour être une bonne nouvelle c’est une bonne nouvelle ! Cela détend l’atmosphère.
Le cheikh appuie à nouveau sur pause et le lecteur DVD se remet en mode lecture.
IX. Mini-Tsunami au gouvernement
Le guendouz est formaté. La deuxième phase, pratique celle-ci, peut commencer. Ils sont dix jeunes ados à quitter la mosquée Apreval pour les camps d’entraînement « kamé » de Tizi Ouzou .
Le voyage se fait en plusieurs étapes . Deux escales techniques, pour noyer le poisson, dans des camps de transit avant d’être affectés à la section ElYamana .
Ici la formation est assurée par des anciens d’Irak avec à leur tête un certain Abou Khorchef.
Ce dernier a un CV digne d’un général américain 5 étoiles . A Kaboul, il est sous les ordres de Ben Laden et sous commandement US pour combattre les russes de Kroutchev . Après le 11 septembre 2001 il retourne une deuxième fois en Afghanistan aux côtés des Talibans mais cette fois-ci c’est pour se retourner contre ses anciens chefs américains. On le retrouve ensuite à Baghdad aux côtés de Zarqaoui pour des attentats kamikazes contre des civils dans les marchés et dans les mosquées. Son palmarès est remarqué par Zawahiri , porte-parole de Ben, qui le nomma par la suite patron de la branche maghrébine d’Elqaïda . Il aura à ses ordres les salafistes de l’ex-GSPC.
A la fin de l’instruction l’élève aura acquis un savoir-faire dans le maniement des explosifs et des détonateurs. Et ultime étape avant de foncer avec son engin de mort bourré de TNT , le kamé aura droit à une minute d’enregistrement vidéo qui sera diffusé en exclusivité par Aljazeera. Dans la minute qui suit le carnage , Zawahiri,le porte-parole d’ Alqaïda fera un communiqué , toujours chez Aljazeera, félicitant le « chahid » . La « machine de mort » est bien huilée.
Face à cette diabolique organisation, c’est un peu la foire dans les services de l’état.
Ce nième carnage déclenche un mini- tsunami au sein du gouvernement. On fait porter le chapeau des pétards à répétition à Ghalmalah, le patron des affaires religieuses. En gros c’est le bordel total dans ses mosquées et ses Imams sont tous pourris.
Mais trop c’est trop ! Le ministre n’en pouvant plus d’essuyer les coups se défend en tapant sur son collègue de l’intérieur. Il a la haine , il dira tout à la presse :« Le recrutement des kamikazes ne se passe pas à l’intérieur des mosquées mais à l’extérieur de celles-ci c’est à dire sur les esplanades et les abords , ce sont les fidèles qui me le disent » , « la voie publique n’est pas mon rayon ». Il ne s’arrêtera pas là. Il dit avoir réagi avant « tout le monde » en passant au conseil de discipline l'imam Amine pour "prêches kamikazes".
Au milieu de cette cacophonie entre les services de l’état , le cheikh lui s’est évaporé dans la nature et on apprend par la bouche même de son wazir , qu’il ne s’est jamais présenté au conseil de discipline .
X. Les urgences
Une destination de vacances qui a connu un véritable rush cet été c’est les services d’urgence des hôpitaux. Tu te dis c’est une tendance vacances, le « fantasme de l’infirmière » se vend bien .
L’aiguille ne tomberait pas par terre. Le trottoir devient une annexe à la salle d’attente. J’y dépose mon voisin. L’odeur du vomis sur la banquette a la peau dure. Les chiens errants et aussi les non-errants se lancent à ma poursuite. Je suis obligé de fermer les vitres de la voiture. L’air est irrespirable, je pince mon nez avec une pince à linge qui traînait là par hasard et je respire la bouche grande ouverte. J’accélère jusqu’à perdre la trace des chiens dans le rétroviseur. A la place je vois foncer deux motards du darak. Ils me dépassent et me font signe de m’arrêter . Ils ont l’air très méchants.
J’ouvre les vitres. Je sors la tête de la voiture et je respire un bon coup par le nez ! Le bonheur.
Les papiers de la siarra men fadlek ! Tu sais que tu roulais à 200 à l’heure !
Les deux darakis ne croient pas un mot de mon histoire de vomis et de chiens méchants . Ils me font souffler dans le ballon. Zéro gramme d’alcool. « Avec tout ce vomis qui pue à 500m à la ronde , awwah c’est pas possible, c’est certainement l’alcootest qui déconne » .
Retrait de permis sur place et cellule de dégrisement !
La prochaine fois que mon voisin tape à ma porte pour l’emmener aux urgences, je lui dirais tout simplement que je ne suis pas là. Quitte à passer pour un menteur, il n’est pas aveugle mon voisin il voit bien ma voiture devant la maison.
J’ai actuellement sur le dos un procès pour non-assitance à personne en danger, d’une autre voisine à qui j’ai refuser de l’emmener à la maternité. Je pourrais pas l’emmener accoucher même si la voiture était garée devant la maison avec le plein d’essence . J’ai plus kwaghat essayyara !
XI. Pastèque , calzone, mille feuilles …
Mon voisin, le type qui m’a vomis sur la banquette arrière et qui m’a valu le retrait de permis , est maintenant rentré chez lui. J’étais le voir. « Hamdoullah, je vais mieux, on s’est bien occupé de moi, la vérité se dit » me raconte-t-il. En fait de « on s’est bien occupé de moi », il a eu dans son malheur la chance d’être piqué par une infirmière qui se trouve être de la famille. Elle s’appelle aussi Boumaâza comme lui . Seringue sortie de son sachet, draps propres, visites à toute heure, analyses de sang et d’urine dans l’heure… El haq , elle s’était bien occupée de lui.
Plus de pastèque, plus de pizza, plus de pâtisserie, plus de …, plus de …, le médecin les lui a interdit. Sa diarrhée et ses vomissements venaient de là, le toubib est formel.
L’épidémie se répand comme une traînée de diarrhée, pardon de poudre. Toute la ville en parle. Officiellement on parle de quelques 200 à 300 personnes victimes, comme Boumaâza , de pastèque irriguée à l’eau usée , de pizza à base de viande congelée avariée et de pâtisserie faite avec de la crème fraîche pas franchement fraîche . La rue elle, annonce le chiffre de 2 à 3000 victimes. La vérité se situe entre les deux.
Les services de l’état sont mis en cause dans cette affaire d’empoisonnement massif. Les commerçants incriminés avaient tous des certificats garantissant la fraîcheur de leur produit, dûment tamponnés et signés par les services d’hygiène.
Pour calmer les esprits, le wali ferme deux ou trois gargotes et confisque une ou deux pompes à eau.
Le cours de la pastèque a beaucoup chuté, la calzone se vend mal et les fonctionnaires corrompus sévissent toujours.
XII. Les rats attaquent
Décidemment ça ne s’arrange pas du côté des urgences. Un autre mal vient de frapper, il a pour nom l’hantavirus. Il se manifeste par une inflammation des reins. On appelle ça la néphrite aigüe. Il paraît que ce sont nos amis les rats qui nous le fourguent. Ça s’attrape par inhalation. C’est dans l’air.
A moi ça fout la pétoche. Imagine tu passes par là parce que t’as besoin de voir un pote qui habite dans le coin et hop tu chopes le virus. Ah ! ça c’est pas de chance !
Faut faire gaffe aux fréquentations ! Moi je dis chacun sa place. Les pauvres et les riches ne doivent pas se mélanger. On ne mélange pas les serviettes avec les torchons comme disait ma grand’mère. Et en plus ils sont malfamés et pouilleux.
Je sais tu vas me dire qu'est-ce que moi j'étais foutre chez eux. Tu penses qu'ils sont tous vendeurs de shit et de portables volés. Eh ben non, pas tous.
Ces gens-là ne foutent rien de leur journée à part t’agresser si par malheur tu passes par là. Même les mouâllim refusent d’aller bosser chez eux, c’est pas pour dire. J'ai appris dans le journal qu'une mouâllima de leur collège s’est vue arracher sa chaîne en or, ses boucles d’oreilles en or et en prime elle récolte d’une belle balafre sur la joue. La totale la pauvre ! Déjà qu’elle avait du mal à trouver un mari, alors là c’est même plus la peine d’y penser.
Ils sont hittistes, harragas, camés, délinquants précoces, intégristes, kamikazes. Bref, ils ne sont pas fréquentables.
C’est pas sympa de dire ça des gens qui habitent la cité des 1000 logements, mais c’est la vérité. Disons –le clairement, leur quartier , en plus d’être un quartier coupe-gorge, c’est aussi des égoûts bouchés et des caves inondées.Un réservoir de rats ! ça prolifère à vue d’œil. C’est pas rare de voir ici des rats niquer au vu et au su de tout le monde. Apparemment l’air d'ici leur convient.
Ces gens là sont maudits et en même temps ils se disent des privilégiés parce qu’ils ont réussi à dénicher un logement LSP. A tout casser ils versent 50000 D.A, autrement dit rien du tout ,et le reste c’est aux frais de la princesse, c’est à dire l’argent public. Le moindre des remerciements serait que ces gens-là interdisent à leurs gosses de fréquenter les imams.
XIII. Le ministre est serein
Si jamais le rat se frotte à toi , alors là mon pote t’es foutu . Tu attrapes cette fois-ci la leptospirose. Cette maladie est encore plus redoutable que l’hantavirus. Comme tu me lis pas souvent, je te rappelle que l'hantavirus ça s'attrape par inhalation. Tu te mets à vomir tes boyaux et t'as la chiasse .
La leptospirose tue ! Et elle a tué cet été . Mais comme toujours les autorités sanitaires, désemparées, tentent de rassurer. La direction de l’hôpital fait le point de la situation à travers des communiqués laconiques. Le ministre de la santé, camouflé des pieds à la tête et munis de gants et de masque à gaz s'est rendu à l'hôpital. Après sa rencontre avec les responasables, il s'est dit serein quant à l’issue de la maladie. On connaît la musique , c’est depuis 62 que ça dure.
Quoi ? tu te poses la question sur la nécéssité du camouflage du ministre alors qu'il n'a pas été dans les chambres des malades ! Mais encore une fois je me rends compte que tu me suis pas. Rappelle-toi, les cochonneries des rats sont dans l'air ! Et la ville est en quarantaine. Quand même toi, on va pas sacrifier un ministre juste pour le plaisir de dire qu'il a osé serrer la main d'un paria! Arrête de regarder trop la parabole, tous ces ministres et stars occidentaux que tu vois aller à la rencontre des lépreux et sidatiques c'est pas vrai.T'as qu'à regarder l'ENTV et tu verras que ça n'éxiste pas. Et même si c'était vrai, c'est dangereux. Tiens, Diana.Toi tu crois qu'elle est réellement morte dans un accident de la circulation auprès de son arabe, bourrés comme des coings. Eh ben, non. La vérité, la princesse a chopé le Sida dans un orphelinat du Bangladesh. Elle prenait trop les enfants malades dans ses bras.
XIV. Le chinois raffole des chats
Le flot des malades ne cesse de croître. Les gens flippent. La psychose gagne toute la ville. Les émigrés écourtent leurs vacances et quittent la ville et ceux qui projetaient d’y venir annulent leur voyage. La ville est répugnante. Les rongeurs y ont élu domicile.
Blessée dans son amour propre, la population se devait de trouver un bouc émissaire. La vindicte populaire désigne un coupable sur mesure. C’est le chinois. Il a bouffé tous les chats et les chiens de la cité laissant libre cours aux rats. Autrement dit, chats mangés, les rats dansent !
La faute de l’étranger c’est une culture dans notre pays. Combien de fois a-t-on entendu nos dirigeants dire : « les ennemis de l’extérieur ». C’est la marque de la maison. Pourquoi le peuple lui s’en priverait-il lorsqu’il est dans la merde.
Ah ! Cet étranger qui bouffe les chats des algériens. On devrait le renvoyer chez lui.
On était tranquille avant l’arrivée du chinois me raconte ce voisin dont la femme balance les couches-bébé et autres têtes de sardines depuis le 2ème étage .Et il enchaîne :" Nos chats bouffaient nos rats et nos chinois, pardon nos chiens nos chats . Allez c'est l'heure de la prière , je vais faire mes ablutions ". Oui c'est ça, va te laver.
Mais faut reconnaître que vous êtes qu’une bande de bras cassés et si vous roulez sur des routes nickelles c’est grâce aux petites mains de ces chinois.
Allez nettoyer devant vos portes, ne balancez pas votre merde depuis vos balcons et vous n’aurez pas de rats.