Les vacances c’est aussi l’occasion d’aller fleurir les tombes des siens. Première constatation, on a du pousser les murs du cimetière pour faire de la place. C’est fou c’est qu’il peut y avoir comme morts en un an . D’un autre côté ,sans être cynique, tu te dis la nature fait comme même bien les choses . T’imagines les listes de demandeurs d’emploi et de logements si un tel mécanisme de régulation naturel de la population n’existait pas ? Déjà que les délais d’attente pour les demandeurs vivants se comptent en décennies. Cela dit j’irai pas jusqu’à dire qu’il faille tuer 5 millions d’algériens pour faire l’économie de 5 millions de logements promis par Boutef.
Normalement je ne devrais pas plaisanter sur un sujet aussi douloureux qu’est la perte d’un être mais je sais que cela aurait fait beaucoup rire ceux qui m’ont quittés. Et d’ailleurs lorsque je me recueille devant leur tombe c’est plutôt les moments de joie et de la déconne partagés qui rejaillissent. Et c’est comme ça que je finis par écraser une larme.
Il y a quelques difficultés à repérer toutes les tombes des miens, l’usure du temps et le vandalisme ont fini par les faire disparaître. Des « illuminés » s’étaient sentis missionner pour détruire les tombes porteuses de photo du défunt.
La tombe d’un oncle est facilement repérable car entourée de tombes de petits enfants. Dans la famille on raconte que mon oncle, agonisant, disait voir des petits enfants autour de lui.
De son vivant la grand-mère avait simulé l’existence d’une tombe à côté de celle du grand-père en mettant un tas de terre. Peu de temps après c’est devenue sa propre tombe. Belle histoire d’amour que celle de mes grands-parents que même la mort ne réussit pas à séparer et ce après soixante ans de vie commune. Je repars avec plein de photos de ce cimetière qui abrite en son sein de nombreuses pièces du puzzle familial.
Un concert de klaxons, un boulevard noir de ghâchis et le tout sous un soleil de plomb.
A ma hauteur , une bonne dame excédée par la chaleur et le bruit est dans tous ses états : «On va jamais y arriver au mariage de ma soeur, je t’avais dit de ne pas prendre par là !... Endettés pour endettés t’aurais pu au moins nous acheter un Pajéro climatisé au lieu de cette boîte de sardine,mais comme tu fais toujours rayek … » . Et de temps en temps tu la vois se retourner pour pester contre les trois marmots qui ont le tort de réclamer un minimum de droit à savoir boire et descendre de cette fournaise. Le conducteur à côté d’elle ,apparemment le mari, reste zen et t’as presque envie de lui demander s’il est chez les bouddhistes ou s’il prend des tranquillisants. Mais ne rajoutons pas de l’huile sur le feu.
A l’heure du GPS et du téléphone portable c’est plutôt le téléphone arabe qui nous informe de la situation de la circulation en amont. Devant , ça bastonne et ce sont deux automobilistes qui dressent un « constat à l’amiable » à leur manière. Un chien errant aurait provoqué l’accrochage entre leur véhicule.
Tu te dis un périphérique vient normalement soulager la circulation automobile intérieure d’une ville et comme son nom l’indique il doit se trouver à la périphérie de cette dernière. Mais à voir les tracés de nos périphériques tu doutes si nos dirigeants et leurs bureaux d’études savent ce que signifie le mot « périphérie ». Même un tilmid de l’école fondamentale saura te dessiner d’un coup de crayon un cercle autour d’une carte.
Nos « périfs » passent en plein milieu de nos cités et leurs milliers de logements. Evidemment cela fait beaucoup de piétons sur le périf . Devant le nombre élevé d’accidents, les autorités implantent une passerelle qui reliera les cités des « 3000 » et « 4OOO » logements. C’était évident pour tout le monde ,sauf pour les décideurs, que la passerelle située à plusieurs centaines de mètres plus loin du passage « naturel » emprunté par les piétons n’allait pas résoudre le problème de la route assassine.
Qu’à cela ne tienne ! le périf est semé de ralentisseurs faisant ainsi d’une voie normalement « rapide » une voie où l’on roule « au pas ».
C’est ahurissant de savoir que nous sommes dirigés par des gens incapables de se projeter dans le temps et de nous dessiner des périphériques qui tiennent compte de l’extension de nos villes.
De petits gars qui traversent la route tout en exprimant leur reconnaissance de m’être arrêté à leur hauteur c’est plutôt bien élevé de leur part. Cela me gêna même, tellement ça me paraissait normal qu’un automobiliste puisse faciliter le passage à un piéton . Jusque là rien d’exceptionnel sauf que leur cargaison l’est. Figures-toi que les petits gars transportaient un lampadaire long de plusieurs mètres . Il y avait là une belle photo à prendre. Le poteau a été vraisemblablement déterré la veille par un automobiliste ayant un peu forcé sur la bouteille. Le spectacle insolite n’intéressa nullement les deux motards du darak planqués juste là et plutôt occupés à scruter leur radar.
Il y a des chances que le lampadaire soit déjà dans un container en partance pour l’Europe.
Petits calculs entre amis : pour une journée à la corniche oranaise
-Restaurant 5 étoiles chez l’EDEN : Service impeccable , 3 mélanges et une paëlla plus une bouteille de bon vin rouge « Cuvée du président » , 3200 D.A
-Un scooter de mer , 20 minutes : 3000 D.A
-200 x 4 soit 800 D.A l’accès à la « grande bleue » ( plage privée)
Soit 7000 D.A ou 70 EUROS le tout . Vu comme ça c’est le paradis .
Seule fausse note , c’est loin d’être à la portée de tout le monde…algérien.

