En devenant vedette el hadja échappa à une mort certaine. Les médias étrangers, friands d’histoires à la Bellemare, se frottent les mains car l’audimat explose à chacun de ses passages sur les plateaux TV. Elle fait les couvertures de la presse people .Elle est élue «femme de l’année» par la presse féminine. Elle fait un tabac chez Bernard Pivot et son livre « aâtoni weldi » se vend comme de la calentica de chez Chergui . On la surnomme mère Térésa des disparus. L’Unesco a failli la charger d’une mission internationale sur les disparus mais Kofi Annan laissa tomber au dernier moment sous les pressions politiques exercées sur lui . Faut pas déconner, Annan compte bien avoir une retraite complète.
Khalti Messaouda rentre en dissidence . Interpol met à sa disposition une garde rapprochée , encore plus rapprochée que celle de Salman Rushdie face à la fatwa de Khomeiny. Dans les deux cas c'est la célébrité assurée.
L'autre possibilité pour Elhadja de devenir célèbre était de passer à la star'ac . Mais là faut pas rêver ! Malgré tout le respect que je dois à khalti Messaouda, c'est pas possible.
La pravda parle du bout des lèvres de l'histoire de khalti Messaouda. Tout juste un petit article gentil pour faire glasnost . Surtout pas de vagues insiste-t-on dans les rédactions.
Mais penser que l'affaire allait s'arrêter là, c'est méconnaître le personnage.
La presse étrangère s'en mêle. Khalti Messaouda fait le prime time des journaux télévisés. Et sur le câble s'il vous plaît !
Cela embarrasse au plus haut niveau le polit bureau .
Les nostalgiques du « bon vieux temps » verront dans son action une conspiration orchestrée par les « ennemis de l'extérieur ».
Ordre est donné de « faire taire cette folle » .
Elle est dans les locaux de la DGSE, un vieux bâtiment amianté genre hôtel pour émigrés à la « rue Thibanault » avec eau et gaz à tous les étages. Elle patienta toute une matinée dans une pièce sordide et mal éclairée située au deuxième sous-sol du bâtiment . Le mobilier est soft. Une table, une machine à écrire , un fauteuil et une chaise en plastique. La peinture aux murs et au plafond est écaillée.
La personne chargée de la cuisiner est une dame froide comme de la glace, aigrie et moche comme un poux. En un mot elle a la tête de l'emploi. Ses collègues la surnomment Condoleeza Rice. Condy pour les intimes.
Mais El hadja n'est pas femme à se laisser intimider ou berner et elle est décidée à faire du bruit .
La couler dans le béton ou la dissoudre dans l'acide ferait d'elle une martyr et ça on n'en veut pas. Et puis par les temps qui courent on risque de se faire rattraper par son passé et voir ses vacances à l'étranger se terminer devant le tribunal pénal international .
Il est 5h du matin lorsque deux mecs louches habillés à la « Starsky et Hutch » se faisant passer pour des policiers en civil viennent cueillir Abou Zaâtar chez sa mère. L'un des deux types, un grand chauve baraqué genre convoyeur de fonds chez K.bank , l'extirpe de son lit par le collet .
Vêtu d'un pyjama à rayures jaunes et noires et d'un bonnet d'hiver, Abou Zaâtar sortirait tout droit d'une BD des « Dalton en cavale » . Ses bourreaux sont morts de rire.
Abou Zaâtar mettrait sa main sur les feux de l'amour, pardon de l'enfer que c'est « Huggy », un ancien proxo repenti, qui l'a vendu aux deux molosses. C'était finalement un indic' weld el hram. Il jura de lancer contre lui une fatwa depuis sa cellule.
Encagoulé par son propre bonnet, pieds et poings liés Abou Zaâtar est jeté sans ménagement tel un mouton de l'aïd dans le coffre d'une voiture banalisée.
Démarrage en trombe, crissement des pneus la voiture disparaît dans le noir pour une destination inconnue. On ne reverra pas de sitôt Abou Zaâtar.
Entre-temps, sa pauvre mère khalti Messaouda, qui n'est plus jeune, remua ciel et terre pour retrouver sa trace.
Elle frappa aux portes des prisons, contacta les droits de l'homme à qui elle fourni un épais dossier, monta l'association de parents de disparus. Elle battra pas mal le pavé brandissant la photo de son fils. Elle fit même les morgues . Walou , pas le moindre poil de barbe d'Abou Zaâtar .

Il a beaucoup changé Saïd .Il n’est plus ce petit berger tranquille jouant du pipo pour sa chérie rêvée .
Il a pris de la bouteille au contact des gens de” chez lui “. Il a été approché par des types se réclamant du MAK . Il prend conscience de son identité berbère. Il tient des discours musclés envers les dirigeants, il parle beaucoup siyassa .
Il est devenu un militant convaincu de la cause kabyle. Il est de toutes les manifs et ne jure que par Abrika. Son court séjour à l’école fondamentale ne constitue pas un handicap pour son engagement militant. Son slogan favori c’est " pouvoir assassin" . Il a à son actif plusieurs ramassages par les cars de CNS ainsi que des tabassages en règle lors de gardes à vue. Il est fier d’exhiber cicatrices et autres bosses laissées par la matraque des CNS. Bizarrement cela a donné un coup de pouce à sa carrière de militant car remarqué par le capo Abrika, il est propulsé chef de section dans son village .Saïd se voit ainsi confier la mission de propagande de la cause berbère dans les villages . Aux villageois il exposera la "plateforme d'El Kseur" et les 5 commandements, pardon les 5 revendications.

Bienvenue dans le campement. Contre visite médicale, boule à zéro, kouba3a, treillis, rangers, Saïd est bon pour le service.
L’instruction du djoundi Saïd connaît des ratés. Il trotte au lieu de marcher au pas. Il n’arrive pas à accorder ses pas sur ceux de ses camarades. Il a beau sautiller , il ne parvient pas à se corriger.
Il a toujours un temps de retard dans l’exécution des ordres et en plus il mélange tout . Un "yassar" au lieu d’un "yamin" , un "starih" au lieu d’un "staïd" . Le capo instructeur s’arrache les cheveux, encore faut-il qu'il en ait .
Djoundi Saïd a beau expliquer qu’il pige que dalle aux ordres donnés en arabe et qu’il essaye tant bien que mal d’imiter les autres . Rien n’y fait. Le capo dont les rangers brillent plus que la cervelle, n’a que faire d’un problème de linguistique. Sa mission est de faire marcher au pas sa section, toute sa section et pas un élément n’y échappe. Il a carte blanche de son supérieur pour user de toute la panoplie de punitions. Djoundi Saïd doit payer son " insolence". Le paquetage sur le dos il exécuta des séries de pompes en plein cagnard. Il est de corvée dans les chiottes le jour et jeté aux arrêts sans arrêt le soir. Le caporal instructeur se délecte à la vue de ce calvaire. C’est un sadique.
Djoundi Saïd peut respirer, son bourreau d’instructeur est parti à la quille.
Il a maintenant un instructeur de langue tamazight à lui tout seul, et les ordres sont exécutés avec l’exactitude d’une horloge suisse.
Il est cuistot à l’issue de son instruction, quoi de plus normal pour un kabyle. C’est un poste stratégique. Il mange à sa faim, côtoie les gradés et du côté permissions il n’a pas à se plaindre.
Saïd a accompli son service militaire avec un permis toutes catégories en poche.
