Il arrête beaucoup de choses et il n'arrête pas d'arrêter. Il arrête de boire la bière, il est déjà à la taille 50 en pantalon et puis la tendance est à la religiosité. Il arrête de fumer , ça donne le cancer et puis la nouvelle loi interdit la cigarette partout .Il arrête de boire du café , ça donne les nerfs.Il arrête le thé,ça lui donne des remontées acides. Il arrête de rouler vite, ça consomme deux fois plus d'essence et puis il a presque épuisé ses 12 points de permis.Il arrête de manger de la viande, la mode est à la cuisine végétarienne et puis la viande coûte cher. Il arrête de regarder la télé , il n'en peut plus des images de guerre et des campagnes présidentielles. Il arrête de zyeuter la belle femme de son voisin , sa femme est belle intérieurement. Il arrête de courir, le footing excite les chiens errants. Il arrête de mentir , sa mémoire lui joue des tours . Il arrête d'aller à la mosquée, il ne supporte plus l'imam. Il arrête d'aller au stade, son équipe n'arrête pas de perdre. Il arrête d'aller au cinéma , chez lui il n'y a plus de salles de cinéma. Il arrête d'aller au théâtre ,on ne joue plus de pièce...
Arrivera-t-il jusqu'à arrêter le bl...? Question posée le 11/2/07 à 8:37:14.
Et la réponse est malheureusement oui. Oui clando.dzblog.com vit ses dernières heures.
Je sais ,je vais vous manquer ( gonflé!) et vous aussi vous me manquerez.
Faites vos provisions de kleenex. Je vous aime tous et espère vous retrouver tous sur une autre planète, pardon , plateforme.
Cousin , j’étais pas étonné d’apprendre que t’as fait le grand saut. Tu sais dans la famille on t’as toujours dit que t’étais une brute sensible . Dans ton dernier acte tu n’avais pas laissé de chance au hasard . Eh ben ,tu resteras fidèle à cette image que nous avions de toi.
Tu vois cousin même là j’ai envie de déconner avec toi comme au bon vieux temps. Tu te souviens des coups tordus qu’on faisait ensemble ? On Piquait les bouteilles vides de limonade et on empochait la consigne pour se payer la piscine ou le stade . Qu’est-ce qu’on pas reçu comme coups de ceinture de la part du grand-père ! j’en ris toujours . Mais on l’aimait quand même grand-père parcequ’il était notre complice parfois . Avec l’argent récolté on lui achetait des cigarettes à l’unité qu’il fumait en cachette dans la terrasse . El hadj avait une peur bleue de grand’mère . Elle voulait pas qu’il fume car il toussait toute la nuit . Ah ! nos grands parents formaient un couple merveilleux ! on sentait bien qu’ils étaient restés amoureux l’un de l’autre après prés d’un siècle de mariage ! Eh ben cousin aujourd’hui tu les as rejoins. Je t’avoue cousin, maintenant que tu n’es plus là ,que j’étais jaloux de toi parcequ’il te préféraient à moi . Voilà je te le dis, je suis soulagé de te l’avoir dit aujourd’hui , j’ai le cœur léger .
Allez cousin, je te dis Adieu .Je ris et je ne peux m’empêcher de pleurer en même temps . C’est con , tu trouves pas ?

Il a beaucoup changé Saïd .Il n’est plus ce petit berger tranquille jouant du pipo pour sa chérie rêvée .
Il a pris de la bouteille au contact des gens de” chez lui “. Il a été approché par des types se réclamant du MAK . Il prend conscience de son identité berbère. Il tient des discours musclés envers les dirigeants, il parle beaucoup siyassa .
Il est devenu un militant convaincu de la cause kabyle. Il est de toutes les manifs et ne jure que par Abrika. Son court séjour à l’école fondamentale ne constitue pas un handicap pour son engagement militant. Son slogan favori c’est " pouvoir assassin" . Il a à son actif plusieurs ramassages par les cars de CNS ainsi que des tabassages en règle lors de gardes à vue. Il est fier d’exhiber cicatrices et autres bosses laissées par la matraque des CNS. Bizarrement cela a donné un coup de pouce à sa carrière de militant car remarqué par le capo Abrika, il est propulsé chef de section dans son village .Saïd se voit ainsi confier la mission de propagande de la cause berbère dans les villages . Aux villageois il exposera la "plateforme d'El Kseur" et les 5 commandements, pardon les 5 revendications.

Bienvenue dans le campement. Contre visite médicale, boule à zéro, kouba3a, treillis, rangers, Saïd est bon pour le service.
L’instruction du djoundi Saïd connaît des ratés. Il trotte au lieu de marcher au pas. Il n’arrive pas à accorder ses pas sur ceux de ses camarades. Il a beau sautiller , il ne parvient pas à se corriger.
Il a toujours un temps de retard dans l’exécution des ordres et en plus il mélange tout . Un "yassar" au lieu d’un "yamin" , un "starih" au lieu d’un "staïd" . Le capo instructeur s’arrache les cheveux, encore faut-il qu'il en ait .
Djoundi Saïd a beau expliquer qu’il pige que dalle aux ordres donnés en arabe et qu’il essaye tant bien que mal d’imiter les autres . Rien n’y fait. Le capo dont les rangers brillent plus que la cervelle, n’a que faire d’un problème de linguistique. Sa mission est de faire marcher au pas sa section, toute sa section et pas un élément n’y échappe. Il a carte blanche de son supérieur pour user de toute la panoplie de punitions. Djoundi Saïd doit payer son " insolence". Le paquetage sur le dos il exécuta des séries de pompes en plein cagnard. Il est de corvée dans les chiottes le jour et jeté aux arrêts sans arrêt le soir. Le caporal instructeur se délecte à la vue de ce calvaire. C’est un sadique.
Djoundi Saïd peut respirer, son bourreau d’instructeur est parti à la quille.
Il a maintenant un instructeur de langue tamazight à lui tout seul, et les ordres sont exécutés avec l’exactitude d’une horloge suisse.
Il est cuistot à l’issue de son instruction, quoi de plus normal pour un kabyle. C’est un poste stratégique. Il mange à sa faim, côtoie les gradés et du côté permissions il n’a pas à se plaindre.
Saïd a accompli son service militaire avec un permis toutes catégories en poche.
Le bus arrive avec plusieurs heures de retard mais ça n'a aucune importance, à partir de cet instant là le temps est comme suspendu .
Les deux hommes se disent au revoir tout en se gardant de laisser paraître leur émotion .Un homme ça pleure pas.
Le père retourne au douar convaincu que l'armée va faire de son fils un " homme" .
Saïd monte dans ce car bondé de villageois se rendant à Tizi vendre leur produit. Son ordre d'appel lui permet de voyager à l'oeil .
A l'intérieur du car il règne une atmosphère irrespirable et ça sent fort le poulailler. Dans les porte-bagages, en dessous des sièges et même dans l'allée centrale sont tassés pêle-mêle poules vivantes,oeufs , huile d'olive , pain. On y trouve même une caisse contenant des cobras et autre reptile appartenant à un vieux monsieur, charmeur de serpents.
Le car a pas mal valsé sur cette route montagneuse provoquant une panique générale chez les poules et des vomissements chez certains voyageurs. Malgré les odeurs nauséabondes la majorité vota contre l'ouverture des vitres, faisant ainsi le choix de garder la chaleur plutôt que d'aérer. Les minoritaires eux, s'ils ne sont pas contents, ils n'ont qu'à prendre le taxi.
"Tizi-ouzou , ici Tizi-ouzou.Terminus , vérifiez de n'avoir rien oublié dans le car. Votre chauffeur ammi Kaci et son receveur Mohand espèrent que vous avez effectué un agréable voyage et vous disent à bientôt " . Ce texte pré-enregistré et lu par une douce voix féminine est diffusé par haut-parleur dans les trois langues amazigh, arabe et français.
"L'express" Tizi-Alger est pris d'assaut par une bande de jeunes gens boutonneux à peine sortis de l'adolescence . Comme Saïd ils partent tous effectuer leurs obligations militaires. Ça fume, ça chique, ça papote.
Dans le lot des voyageurs il y a aussi des moins jeunes dont certains font déjà petits vieux. Et vue la tronche qu'ils font on comprend aisément qu'ils ne soient pas du tout contents de monter dans ce train. Ce sont certainement des sursitaires en fin de sursis et des déboutés du "soutien de famille". Pour la plupart ils sont déjà installés dans la vie et n'ont donc aucune envie d'aller servir gratos pendant 24 mois. Certains d'entre eux, un épais dossier médical dans leur bagage , nourrissent encore l'espoir de se faire exempter.
A Alger Saïd est comme chez lui. Cafés, hôtels , restaurants affichent tous l'enseigne " ouispik tamazight " suivie du dessin du drapeau kabyle pour ceux qui ne lisent pas comme Saïd .
